FEGUIDE Marcel

Pastelliste avant tout

Pastelliste avant tout, il maîtrise l'huile et la gouache. Sa facture très personnelle et originale, est figurative et toute chargée de symboles. Il puise ses sources dans la littérature, l'histoire; l'Antiquité, l'Orient, l'Histoire Sainte, l'inspirent souvent; le romantisme aussi, avec ces silhouettes de couples dans une nature généreuse, ces baigneuses ces faunes.
Les couleurs sont chaudes, vives, un peu à la manière d'un "fauve", disposées en masses juxtaposées avec des harmonies surprenantes mais toujours évocatrices et riches de sensibilité.
Un critique dit de lui:" son imagination servie par une habileté prodigieuse nous livre une variété harmonieuse d'hallucinations, de rêveries, de poésie emmêlée. Quel décorateur, mieux quel peintre de décors!" «  rien n’est plus ordonné, mieux équilibré que cette chevauchée de formes et de couleurs, qui va caractériser l’art de ce peintre. Un peintre ? un poète. L’un et l’autre apparemment. La peinture de Féguide est toute poésie ». Ainsi s’exprimait Maurice-Constantin Weyer, et c’est cette alliance de la poésie et de la peinture, cette expression quasi musicale que les critiques ont notée dans des centaines de compte rendus sur les expositions de Féguide à travers la France et le monde.
Né à Saint-Etienne en 1890, pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, Marcel Féguide a consacré sa vie à la peinture et recherché le contact avec le public. Partout il a recueilli n’unanimes louanges, créant un double courant de sympathie vers l’artiste, d’adhésion vers son œuvre.
L’homme, grand, mince, au visage fin, au regard tantôt rêveur, tantôt rieur, au caractère gai teinté d’une pointe d’inquiétude, appréciant la poésie, cultivant la musique.
L’artiste, travailleur, méditatif, attaché à la solitude et au silence de son atelier où il séjournait de longues heures, composant chaque œuvre dans une lente élaboration des formes, des rythmes et des valeurs, rarement satisfait du résultat.
Fixé à Eygalières, ce village de Provence cerclé de collines, où l’air, la lumière, et le ciel serein d’un bleu intense attirent les peintres, Féguide avait son atelier sur le versant nord du village, dominant la plaine, et portant la vue jusqu’aux Alpes lointaines. Il y accomplissait quotidiennement sa tâche, remettant en cause aujourd’hui ce qu’il avait fait la veille, dans une recherche constante d’équilibre et d’harmonie. Une œuvre qui sur le chevalet l’avait occupé pendant quelques jours, et qui se trouvait au point d’aboutissement pour sa composition et ses couleurs, devait alors libérer son esprit et entrer dans le champ de l’inconscient. Elle prenait place sur la cimaise, à coté d’autres, et c’était une diversion pour lui de laisser son regard errer sur ces diverses toiles, et tout à coup d’en retirer une pour la remettre en chantier, modifiant un détail de forme, un rapport de couleurs, qui venait de le surprendre.
Ou bien passant de l’une à l’autre, ici renforçant une ombre, là rectifiant une ligne ou une surface, jetant une tache vive de jaune d’or ou de bleu pur. Il s’inquiétait du résultat, sollicitait un avis, prêt à remettre tout en cause s’il sentait poindre une insatisfaction.
Lyrique, romantique, coloriste, il le fut. Qu’il inventât des scènes animées, qu’il évoquât quelques fleurs, il appelait à lui, pour les faire surgir sur la toile, les souvenirs de sa jeunesse, de ses voyages : une architecture d’Espagne, le quai d’un port, un ciel d’orage sur la lande, ou les jeux du soleil sur la verdure des prés et les feuillages des arbres, ou encore les ruelles sombres des villes du midi, le contraste ombre et lumière du crépuscule, souvent peuplés de quelques personnages enveloppés d’amples manteaux gonflés par le vent.
Il nourrissait parfois son inspiration de poètes comme Hérédia ou Leconte de L’Isle, ou de musiciens comme Bethoven ou Debussy. Ses impressions se traduisaient dans une gamme de couleurs vives, en des oppositions et des harmonies à nulle autres comparables. Il avait aussi abordé la décoration, la fresque, le portrait. Il savait empreindre les visages de ses modèles d’une intense vie intérieure. Et dans ses œuvres de composition, gitane, jeune mère, un peu parentes entre elles, il jouait librement avec la grâce féminine, qu’il dotait d’une finesse parfois ironique, parfois émue, lointain reflet d’un visage aimé.
C’est ce lyrisme, ce romantisme, baigné d’une ambiance de mystère, écrit dans un dessin rigoureux, et servi par le jeu fougueux des couleurs qui constituent le caractère original et nettement personnel des œuvres de Féguide.
Dessins et lavis, pastels, gouaches, et huiles, il a utilisé ces diverses techniques, dans une grande variété de sujets, avec la même aisance, la même réussite, et toujours la même personnalité.
Rencontrant avec plaisir les amateurs, suscitant la sympathie, entraînant l’amitié et même l’enthousiasme, recevant des témoignages nombreux d’estime et d’admiration, inspirant des poèmes et des romans, Marcel Féguide a peint et a vécu.
On ne peut connaître le nombre de ses œuvres, car s’il a peint sans relâche, travaillé avec assiduité, exposé fréquemment, il n’a tenu aucune comptabilité de sa production ; il entassait les coupures de presse, en vrac dans un coffret de son atelier, entretenait une correspondance abondante, maintenait des rapports amicaux avec tous ceux qui se réjouissaient de posséder ses toiles, mais n’a jamais eu le souci de constituer le catalogue de son œuvre.
Tel fut cet homme et cet artiste.
Une exposition rétrospective permet à certains de découvrir le talent véritable d’un artiste qui avait conscience de sa valeur, et à beaucoup de retrouver à l’honneur le peintre dont ils toujours aimé la sensibilité, la fougue, l’élégance et pour tout dire le style.
Jean Cherpin (Texte pour le catalogue Exposition 1970, resté inédit)


La galerie L remercie Monsieur Dr Christian Evrard, pour ses précieuses recherches à propos de l’artiste Marcel Féguide. Site : http://feguide.free.fr/





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